La colonisation de la pensée
Combien attendent l'analyse des médias pour se faire une opinion? Combien justifient leur point de vue en fonction de celui des politiques? Combien citent la critique des intellectuels qui nous commentent l'actualité en juge suprême, comme raisonnement irréfutable?
Nombreux sont ceux dont la réflexion est occupée et structurée par les élites qui pensent à leur place...
Barack OBAMA est élu, et tout le monde reprend ses habitudes. D'aucun lisent un journal, d'autres parcourent un quotidien de telle ou telle obédience. Et, curieusement, on peine à distinguer les divergences ou même les nuances sur certaines questions sensibles (raciales, religieuses, identitaires...). Aussi, ces convergences consolident-elles, les points de vue respectifs, puisque si les pseudo-traditionnels opposés sont en accord, il n'y a alors aucun intérêt à entamer une discussion qui équivaudrait à se prêcher entre convaincus. Non seulement l'idée commune défendue est acquise, mais encore, cela permet aux faiseurs d'opinion de nous amener là où ils veulent et d'y attirer toutes les attentions. En effet, lorsque toutes les élites soutiennent un même avis, elles ont la possibilité d'imposer le débat qu'elles souhaitent sachant qu'il n'y aura aucun rapport de force qui pourra contre-balancer cette position.
C'est ainsi que le cadre d'une discussion est posé de telle façon, que chacun est contraint d'adapter ses interventions en fonction de celui-ci. Comment ? Simplement en posant une mauvaise problématique qui ouvre le débat autour de questions tendancieuses.
A l'instar de ces multiples débats ayant pour sujet « L'Islam est-il un danger pour la république? ». La polémique est entamée. Un non se justifie en démontrant qu'on peut être français et musulman, à l'inverse un oui explique l'incompatibilité des deux éléments. Le fait même de poser cette question entretient le doute sur la capacité du français de confession musulmane à respecter conjointement sa foi et la loi républicaine, de même qu'elle légitime un certain discours de rejet de l'autre qui trouve là sa justification.
Par ailleurs, il y a un autre type de dialogue biaisé, ayant un effet inverse. On polémique sur un sujet sur lequel on n'aurait même pas à discuter, ce qui minimise le problème et évite de le traiter correctement. A l'exemple de ces émissions titrées « Colonisation: La France est-elle coupable? ». Cette question elle même sous entend le droit de spolier un territoire, à l'exploitation d'un peuple et à la discrimination... De ce fait, la question euphémique fait obstacle au développement d'une opinion.
Les débats proposés sont souvent, dés le départ, orientés vers cette pensée uniforme et subjective des médias ralliant une grande partie de la classe politique. C'est pourquoi, lorsque la contestation s'exprime et s'oppose à ces idées présentées comme irrécusables, elle est vite décrédibilisée et qualifiée d'« extrémiste », « arriérée », « barbare »... Même si la justice se prononce dans un sens contraire à celles ci, on demande de changer la loi qui va à l'encontre de « la modernité » (à l'image de la polémique sur le mariage annulé). A l'inverse si cette même contestation dénonce une loi, on dira d'elle, qu'elle n'aime pas la république et ses valeurs. En définitive, la justice n'est bonne que si elle va dans le sens de ces idées incontestables.
La société par le biais de la presse entre dans un monologue interactif , terme employé par l'intellectuel Tariq RAMADAN, que je reprends ici puisqu'il illustre l'état d'esprit actuel. Ce sont en effet souvent en France des faux débats qui nous sont proposés. On nous vend une vision du monde, univoque, égocentrique, disqualifiant d'avance toute alternative idéologique...Quelle leçon de tolérance !!!
Le développement de ces méthodes instaure une pensée unique à laquelle tout être humain se prétendant libre et moderne doit adhérer.
Avant, les élites parlaient pour nous, enfants des peuples colonisés. Maintenant que nous nous exprimons, elles nous imposent un discours, et si nous le refusons, nous ne serons plus audible au reste de la société. Ce chantage camouflé témoigne d'une attitude paternaliste évidente. Cependant, certains d'entre nous sont au service de cette supercherie. On le remarque d'autant plus que la promotion des français dits « issus de l'immigration », s'effectue par la standardisation de leur pensée aux normes du discours dominant. Celui-ci est ponctué d'adjectifs tels que «ouvert», «progressiste», «moderne»... On constate bien que ces propos n'alimentent en rien le débat mais confirment simplement la pensée unique. C'est pour cela que ces « issus de.. » sont exhibés fréquemment sur la scène publique. Autrement dit, on nous montre à la télévision des noirs, des arabes, des musulmans qui portent le même discours et dont la crédibilité tient à leur simple appartenance ethnique ou religieuse. « C'est un noir, un arabe, un musulman, lui-même qui le dit!!». L'objectif n'est pas d'avoir plus de membres des minorités à la télévision mais plus de diversité de pensée, c'est à dire que si leur présence dans les débats consiste à conforter la pensée unique, elle ne présente aucun intérêt.
On note une hypocrisie des élites à ce niveau. Elle consiste à feindre de s'ouvrir à toutes les pensées sauf les extrêmes, étouffant par la même toute occasion de contradiction.
Malheureusement, la qualité du débat n'est que fictive. Les arguments ne sont pas abordés équitablement selon qu'il s'agisse d'un penseur ou d'un pensiste unique c'est-à-dire d'un penseur authentique ou d'un partisan de la pensée unique. Ce dernier peut s'autoriser la négligence, l'incohérence, voire même le mensonge, peu importe, on ne lui en tiendra pas rigueur. Force est de constater également que c'est souvent le nombre d'intervenants qui prime sur la qualité des arguments. Il est ainsi facile d'ironiser sur les problèmes évoqués pour les relativiser.
Notre dignité nous impose le rejet de cet impérialisme intellectuel qu'il ne faudrait pas dénoncer au risque d'entacher la république. Cependant notre exigence de la précision ne permettra plus aux tenants de la pensée unique de se contenter d'affirmer mais ils devront le cas échéant prouver notre anti-républicanisme. De plus notre droit à liberté d'expression nous autorise la lutte contre les idées toutes faites, la falsification de l'histoire et l'éternelle justification de notre présence...
Les nouvelles technologies nous donnent l'impression d'un accès facile à l'information. Voila une illusion bien déguisée. Car il faut un minimum d'efforts, de recherche et de documentation si l'on veut se forger sa propre opinion sur tel ou tel sujet, si l'on veut atténuer le risque de se faire coloniser le cerveau...
Adel